Nuit de neige


Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.


Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant

 

La neige tombe


Toute blanche dans la nuit brune
La neige tombe en voletant,
Ô pâquerettes! une à une
Toutes blanches dans la nuit brune !
Qui donc là-haut plume la lune ?
Ô frais duvet ! flocons flottants !
Toute blanche dans la nuit brune
La neige tombe en voletant.
La neige tombe, monotone,
Monotonement, par les cieux ;
Dans le silence qui chantonne,
La neige tombe monotone,
Elle file, tisse, ourle et festonne
Un suaire silencieux.
La neige tombe, monotone,
Monotonement par les cieux.


Jean Richepin

 

La neige


La neige nous met en rêve
Sur de vastes plaines
Sans traces ni couleur.


Veille mon coeur,
La neige nous met en selle
Sur des coursiers d'écume.


Sonne l'enfance couronnée
La neige nous sacre en haute mer,
Plein songe, toutes voiles dehors.


La neige nous met en magie,
Blancheur étale, plumes gonflées
Où perce l'oeil rouge de cet oiseau.


Mon coeur ;
Trait de feu sous des plumes de gel,
File le sang qui s'émerveille.


Anne Hébert